Les mouches et la littérature : devinette [5]

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[La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici.]

Sans tricher. Pour les lettrés. Dans quel bouquin apparaît cet essaim de mouches?

Par le trou des haies, on apercevait, dans les masures, quelque pourceau sur un fumier, ou des vaches embricolées,  frottant leurs cornes contre le tronc des arbres. Tous les deux, côte à côte, ils marchaient doucement, elle s’appuyant sur lui et lui retenant son pas qu’il mesurait sur les siens ; devant eux, un essaim de mouches voltigeait, en bourdonnant dans l’air chaud.

Via mon bon ami JimG de St-Athanase.

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Les mouches et la littérature : Kaputt de Curzio Malaparte [4]

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[La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici.]

La sixième et dernière partie de ce roman s’intitule Les mouches.

En prime, l’incipit de cette partie fait place au temps qu’il fait sur la campagne romaine. Je l’ajoute à ma collection.

— Oh no, thank God ! s’écria Sir Eric Drummond, premier Lord Perth, ambassadeur de S. M. Britannique auprès du Quirinal. C’était un jour d’automne de l’année 1935.

Le soleil fendit un nuage rose ourlé de vert, un rayon doré rebondit sur la table et fit tinter cristaux et porcelaines. L’immense étendue de la campagne romaine ouvrait devant nos yeux ses profondes perspectives d’herbe jaune, de terre brune, d’arbres verts où brillaient, solitaires dans le soleil d’octobre, les sépulcres de marbre et les arches rouges des aqueducs. La tombe de Cécilia Métella flamboyait dans le feu vif de l’automne, les pins et les cyprès de la voie Appienne se balançaient dans le vent parfumé de thym et de laurier.

Le roman s’achève avec les maudites mouches. Pas tuables.

Sous le comptoir, je trouvai la bouteille avec un peu d’eau. Sur l’étagère étaient alignés les débris d’une vingtaine de verres. Il n’y en avait pas un qui pût servir. Je bus au goulot de la bouteille en écartant de la main les mouches de mon visage.
— Maudites mouches ! m’écriai-je.
— C’est bien vrai, dit l’homme en s’éventant de son journal : maudites mouches !
— Pourquoi ne faites-vous pas, à Naples aussi, la guerre aux mouches ? lui demandai-je. Chez nous, en Italie du Nord, à Milan, à Turin, à Florence – et même à Rome, les municipalités ont organisé la lutte contre les mouches. Il n’y a plus une seule mouche dans nos villes.
— Il n’y a plus une mouche à Milan ?
— Non, plus une seule. Nous les avons toutes tuées. C’est une question d’hygiène : on évite ainsi des maladies, des infections.
— Hé, mais à Naples aussi, nous avons bien lutté contre les mouches. Nous avons réellement fait la guerre aux mouches. Voilà trois ans que nous faisons la guerre aux mouches.
— Mais alors, comment se fait-il qu’il y ait encore tant de mouches, à Naples ?
— Eh, que voulez-vous, monsieur, ce sont les mouches qui ont gagné !

Le début de ce roman a été écrit à Pichtchanka en Ukraine, en 1941, en pleine Seconde Guerre mondiale.

Pichtchanka est à 350 kilomètres au sud de Kyiv, tout juste à la frontière de la Moldavie.

Aux dernières nouvelles, cette commune n’avait pas encore été détruite(kaputt) par les Russes.

Merci à Henri Lessard pour le relais.

Curzio Malaparte, Kaputt,  Éditions Denoël, 1946, c1944. Édition numérique.

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Les mouches et la littérature : Les saisons de Maurice Pons [3]

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[La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici.]

Un livre que j’ai lu à de nombreuses reprises.

«Les Saisons est un livre extraordinaire, unique, stupéfiant.» écrivait Philippe Didion dans ses notules du 12 juillet 2020.

Tout autre que lui, poussant la porte vitrée, alourdie par un insolite et arrogant entrelacs de ferronnerie, eût été saisi par l’odeur fétide qui régnait dans la salle : était-elle due aux vomissures qui souillaient le plancher de bois sous les tables ? aux écuelles immondes qui traînaient sur le sol auprès de la cuisinière et au-dessus desquelles bourdonnaient des essaims de mouche

[…]

Mais quand il se trouva, les poignets nus, au bord du récipient, son corps marqua un temps d’arrêt : dans la cuvette croupissait une eau grisâtre, épaisse, et dans cette eau baignait une incroyable multitude de grosses mouches.

[…]

Après quelques heures d’une attente – dont Siméon se dit en fin de compte, mais à tort, qu’elle avait dû leur sembler plus longue à eux qu’à lui – l’aubergiste, sans un mot, se rapprocha du poêle. Elle se plia en deux, pour touiller avec un manche de bois dans l’un de ses chaudrons, puis, ramassant une assiette à même le sol et la secouant en l’air pour en faire fuir les mouches et tomber les déchets, elle la remplit d’une épaisse purée brune et vint la déposer, avec une cuillère de bois, sur la table de Siméon.

On peu aussi lire l’incipit de ce roman, ici.

Avec l’amicale collaboration de Luc Séguin.  Je recommande fortement la lecture de son blogue : La chambre d’écoute.

———————-

Maurice  Pons, Les saisons, Christian Bourgeois éditeur, coll. «10-18», 214. p. Édition numérique.

 

 

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Les mouches et la littérature : Mouron des champs de Marie-Hélène Voyer [2]

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[La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici.]

dans vos chambres tranquilles
quelques mouches lourdes
s’abîment aux fenêtres

jeux d’ombres
derrière les rideaux de cretonne
leur vol engourdi dessine
un patient théâtre d’entêtement

accrochés çà et là
des portraits sévères
des rubans et des médailles
récitent les temps de vos vies. p. 71

Merci à Benoît Melançon pour le relais.

Sur ma pile. J’avais vraiment aimé son recueil précédent : Expo Habitat.

Voyer, Marie-Hélène, Mouron des champs suivi de Ce peu qui nous
fonde, Saguenay, La Peuplade, coll. «Poésie», 2022, 196 p.

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Les mouches et la littérature : avis aux véritables écrivains [1]

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Les voyages forment les personnes qui ont atteint l’âge admirable. J’ai récemment fait la découverte – à Madrid – d’un texte truculent d’Augusto Monterrosso : Las Moscas. Sachez que la mouche envahit toute la littérature.  Un extrait. La traduction suit :

Hay tres temas : el amor, la muerte y las moscas. Desde que el hombre existe, ese sentimiento, ese temor, esas presencias lo han acompañado siempre. Traten otros los dos primeros. Yo me ocupo de las moscas, que son mejores que los hombres, pero no que las mujeres. Hace años tuve la idea de reunir una antología universal de la mosca. La sigo teniendo. Sin embargo, pronto me di cuenta de que era una empresa prácticamente infinita. La mosca invade todas las literaturas y, claro, donde uno pone el ojo encuentra la mosca. No hay verdadero escritor que en su oportunidad no le haya dedicado un poema, una página, un párrafo, una línea; y si eres escritor y no lo has hecho te aconsejo que sigas mi ejemplo y corras a hacerlo

Traduction libre de votre humble serviteur :

Il y a trois sujets : l’amour, la mort et les mouches. Ce sentiment, cette crainte, cette présence ont accompagné l’homme depuis toujours. D’autres que moi ont traité les deux premiers thèmes. Je me concentre sur les mouches. Elles sont meilleures que les hommes, mais ne surpassent pas les femmes. Il y a plusieurs années, j’ai eu l’idée de créer une anthologie universelle de la mouche. Je la poursuis toujours. Je me suis toutefois rendu compte que c’était une entreprise sans fin. La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; et si tu es écrivain et que tu ne l’as jamais fait, je te conseille de suivre mon exemple et de  t’empresser de t’y mettre;

Il n’en fallait pas plus pour que j’aille fouiller dans ma mémoire vacillante en quête de ces mouches qui envahissent la littérature.

Il avait raison ce bougre de Monterroso. Un échantillon :

Voltaire, L’Ingénu.

Tant pis pour les critiques.

Le bonhomme avait quelques-uns de ces petits livres de critique, de ces brochures périodiques où des hommes incapables de rien produire dénigrent les productions des autres, où les Visé insultent aux Racine, et les Faydit aux Fénelon. L’Ingénu en parcourut quelques-uns. « Je les compare, disait-il, à certains moucherons qui vont déposer leurs œufs dans le derrière des plus beaux chevaux : cela ne les empêche pas de courir. » À peine les deux philosophes daignèrent-ils jeter les yeux sur ces excréments de la littérature.

Lafontaine, Le lion et le moucheron

Va-t’en, chétif Insecte, excrément de la terre.
C’est en ces mots que le Lion
Parlait un jour au Moucheron.
L’autre lui déclara la guerre.

[…]

Quelle chose par là nous peut être enseignée ?
J’en vois deux, dont l’une est qu’entre nos ennemis
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L’autre, qu’aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire.

Echenoz, Lac

J’avais l’embarras du choix. Le protagoniste principal, Franck Chopin, est un spécialiste des mouches : les brunes, rousses, rouges, orangées et violettes, les vitreuses et les ferrugineuses aux genoux jaunes, à l’œil vert ou bleu vif, et de ce qui est risible dans leurs mœurs. […] la mouche des éviers […] des escadrons de mouches à viande […] une petite mouche grise posée sur le boudin […] une mouche plus grosse au thorax bleu de cobalt […] des mouches qui font la sieste [..] une mouche d’ambiance.

Le mot «mouche» apparaît à 27 reprises dans Lac. Je vous mets la première sortie de l’une d’elle sur Les Champs-Élysées. Elle donne le ton à ce récit brindezingue, et à lire.

Chopin descendait les Champs-Élysées, venant de son domicile avec une petite boîte dans une poche de son imperméable, une petite cage en fil de fer tressé contenant une mouche vivante.

C’est tout pour l’instant.

En connaissez-vous des mouches littéraires?

Je n’ai pas lu Les Mouches de Sartre ni Sa majesté des mouches de William Golding.

P.-S. Il semble que les mouches aient aussi envahi le monde de la peinture. Jetez un œil à la mouche qui s’est posée sur le sein gauche de la Mona Lisa impudique de Pierre Gilou.

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Une exposition sur l’art du trompe-l’œil vue à Madrid au musée Thyssen-Bornemisza, le 1er avril 2022. L’Oreille tendue appellerait ça un accouplement.

Références :

Echenoz, Jean, Lac, Les Éditions de Minuit, 1989, 192 pages.

LaFontaine, Jean de la, Le lion et le Moucheron, disponible ici

Monterroso, Augusto «Las moscas» dans Movimiento perpetuo, Editorial anagrama, Barcelone, 1990, c1972, 151 p.

Voltaire, L’ingénu, Bibliothèque numérique romande, nov. 2015. Édition numérique.

 

 

 

 

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Température et incipit : Le train des enfants de Viola Ardone [92]

Le train des enfants - Ardone

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

L’autrice a mis le paquet pour nous faire sentir le temps qu’il fait dans l’incipit du dernier chapitre. Manque juste le printemps.

Le temps s’est refroidi sans crier gare. On est en juin, mais on dirait le mois de novembre. Il a plu, cette nuit. Un orage qui semblait ne jamais devoir finir. Ce matin, un soleil blafard s’est levé, citron fripé dans le ciel gris. La température a chuté, un automne soudain. Les passants dans la rue disent qu’on ne peut jamais être sûr de rien, qu’ils ont dû ressortir leurs manteaux d’hiver.

Que dire de ce roman? J’aime bien ce citron fripé dans le ciel gris, mais les beaux sentiments font rarement de la bonne littérature, à plus forte raison quand le narrateur est âgé de 8 ans.

En lice pour le prix du Club des irrésistibles 2022 des Bibliothèques de Montréal. On ne peut pas empêcher un cœur d’aimer.

Viola Ardone, Le train des enfants, Albin-Michel, 2021 (2019 pour l’édition italienne). (Édition numérique)

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Température et incipit : Una comedia ligera d’Eduardo Mendoza [91]

Una comedia ligera - Mendoza

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Du très bon stock :

Aquel verano se puso de moda entre las mujeres hacer encaje de bolillos. Al margen de esta novedad, aquél fue un verano similar a todos los veranos: los días eran largos y calurosos, las noches, húmedas, los cielos radiantes, sin nubes, de un azul intenso, como satinado; hubo también, como todos los veranos, tormentas aisladas, breves, pero de gran intensidad. El invierno, por contra, había sido especialmente gélido y oscuro, un invierno que los barceloneses habían tenido que soportar con entereza, reunidos alrededor de la mesa camilla, bajo cuyas faldas humeaba sin cesar el brasero de orujo, contándose los unos a los otros los minúsculos pormenores de sus pausadas existencias, pues eran aquéllos unos tiempos tranquilos, con pocas diversiones, en los que los días y las horas transcurrían lentamente, mecidos por la mansa monotonía de las largas jornadas laborales o por los inacabables quehaceres del hogar. Los hombres ocupaban la mayor parte del tiempo en la oficina, trabajando a ratos, charlando con los compañeros, haciendo crucigramas y rellenando quinielas, mientras en casa las mujeres combatían su laboriosa soledad con los seriales, los concursos y los programas musicales de la radio, o cantando a voz en cuello, entre vapores de plancha y ruido de platos y cazuelas, coplas tristes que contaban crueles desengaños amorosos. p. 5

De la bonne traduction par François Maspero :

Cet été-là, chez les femmes, la mode fut à la dentelle au fuseau. A part cette nouveauté, ce fut un été semblable à tous les étés : les journées étaient longues et chaudes, les nuits humides, le ciel radieux, sans nuages, d’un bleu intense, comme satiné ; il y eut aussi, comme tous les étés, des orages isolés, brefs, mais d’une grande intensité. L’hiver, en revanche, avait été particulièrement glacial et sombre, un hiver que les Barcelonais avaient supporté courageusement, réunis autour de la table ronde couverte d’une nappe, sous laquelle fumait constamment le brasero bourré de boulets de charbon, à se raconter les minuscules événements de leurs existences sans heurts, car on était dans une de ces époques tranquilles, sans beaucoup de distractions, où les jours et les heures s’écoulent lentement, bercés par la douce monotonie des longues journées de travail ou par les interminables travaux domestiques. Les hommes passaient la majeure partie de leur temps au bureau, y travaillant parfois, discutant avec leurs collègues, faisant des mots croisés ou jouant au loto sportif, tandis que les femmes combattaient leur solitude affairée en écoutant les feuilletons, les jeux et les programmes musicaux de la radio, ou en chantant à tue-tête, au milieu des vapeurs du repassage et des bruits d’assiettes et de casseroles, des chansons tristes où il était question de cruels chagrins d’amour. »

Mendoza, Eduardo, Una comedia ligera, Editorial Seix Barral / Biblioteca Breve, Barcelone, 1996, 383 p.

Mendoza, Eduardo , Une comédie légère, Éditions du Seuil, 1998 (c1996). Édition numérique.

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Température et incipit : «L’instant précis où Monet entre dans l’atelier» de Jean-Philippe Toussaint [90]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Je veux saisir Monet là, à cet instant précis où il pousse la porte de l’atelier dans le jour naissant encore gris. C’est le moment du jour que je préfère, c’est l’heure bénie où l’œuvre nous attend. L’aube est fraîche, l’air vif picote les joues. Il est un peu plus de six heures et demie du matin, pas un bruit au loin dans la maison endormie qu’on vient de quitter, quelques pépiements d’oiseaux dans le jardin où les arbres sont immobiles comme le silence. C’est un de ces matins du monde comme il y en a tous les jours en Normandie dans les villages que bordent l’Eure et la Seine. Nous sommes à l’été 1916. Depuis quelques mois, Monet a pris possession du grand atelier qu’il s’est fait construire en haut de son jardin pour pouvoir travailler sur les vastes formats des panneaux des Nymphéas.

Jean-Philippe Toussaint, L’instant précis où Monet entre dans l’atelier, Éditions de Minuit, 2022, 32 p.

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Température et incipit : Toutes les familles heureuses d’Hervé Le Tellier [89]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Cet incipit aurait fait plaisir au regretté Elmore Leonard :

On voudra bien me pardonner cet incipit de chapitre météorologique, mais c’était le mois de mai, et comme il faisait une température de 33 ˚C, le trottoir devant l’église parisienne se trouvait presque désert. On attendait le fourgon.

Merci à @benoitmelançon pour le relai de l’incipit et la recommandation de lecture.

Et L’anomalie du sieur goncourisé en 2020, il en pense quoi Benoît Melançon? :

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Plutôt d’accord.

En prime, les zeugmes cueillis par L’Oreille tendue dans Toutes les familles heureuses.

Hervé Le Tellier, Toutes les familles heureuses, Paris, JC Lattès, coll.
«Le livre de poche», 36181, 2021 (2017), 189 p., p. 19, début du
deuxième chapitre.

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Des livres sans surveillance

Trois chevaux - De LucaJe lis des vieux livres parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux, parce que chaque exemplaire d’un livre peut appartenir à plusieurs vies. Les  livres devraient rester sans surveillance dans les endroits publics pour se déplacer avec les passants qui les emporteraient un moment avec eux, puis ils devraient mourir comme eux, usés par les malheurs, contaminés, noyés. en tombant d’un pont avec les suicidés, fourrés dans un poêle l’hiver, déchirés par les enfants pour en faire des petits bateaux, bref ils devraient mourir n’importe comment sauf d’ennui et de propriété privée, condamnés à vie à l’étagère. p. 22.

Zeugme, en prime : ils devraient mourir n’importe comment sauf d’ennui et de propriété privée, condamnés à vie à l’étagère.

Erri De Luca, Trois chevaux, Paris, Folio, 3678, 2001 (1999 pour l’édition italienne), 159 p.

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