Le règne des incendiaires

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[Publié le 5 juin 2024 sur Facebook. J’archive.]

Je me suis fait un cadeau. Belle ouverture. Ça fesse!

Que les timorés s’effacent et que règnent
les incendiaires
nous courons vers la lumière à la lueur des explosions
Les rivières prennent les couleurs des métaux en fusion les routes n’en finissent plus de dérouler leurs cratères des nations pleurent leurs cimetières engloutis
Les fleuves roulent sous une salive épaisse le monde se secoue il crache il martèle il gronde
J’essaie de penser à autre chose j’adhère à des listes à des groupes à des églises une chapelle même pourrait suffire à m’abriter
      Un moment
p. 9.

Mireille Cliche, Le règne des incendiaires, Écrits des forges, 2024,  76 p.

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La trajectoire de la balle

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La balle qui dormait dans le canon depuis quatre siècles traversa la rue avec tout l’héritage des églises et des temples bâtis au milieu des jungles, survola la chaussée et les chiens errants, se fraya un chemin entre les chevaux et les vendeurs de gourmandises, alla plus loin encore, franchit les champs et les herbes de la Guajira, continua par la nuit blanche qu’habitent les crapauds géants et les scarabées métalliques, pénétra les forêts bondées de devins qui lisent dans le bal des chauves-souris, descendit dans les cañons escarpés où les trafiquants de perles plongent pour arracher les larmes des coraux, atteignit les profondeurs des boyaux de Catatumbo, au cœur des nids de sirènes, dépassa les rivages de Perijá qui polissent, vague après vague, le ventre des canoës, et remonta jusqu’aux sources du Magdalena, où autrefois mille deux cents soldats avaient traversé les aurores peuplées d’oiseaux aux noms inconnus, ouvrant des sentiers à coups de machette et de prières chrétiennes, portant de lourdes croix en or au fond de leurs cuirasses, persuadés de conquérir enfin ce que les alchimistes de Navarre avaient appelé le Nouveau Jardin de Dieu, et cette balle qui faisait le tour du temps en parcourant les ravins de la mémoire et les dernières plantations de l’amour, revint à Maracaibo dans la petite rue de San José et arrêta sa course contre le bois de la porte de la famille Rodriguez, à un mètre du ventre d’Eva Rosa où dormait, avant de naître, Ana Maria Rodriguez, celle que le pays appellerait demain la doctora.

Miguel Bonnefoy, Le rêve du jaguar, Paris, Éditions Payot & Rivages, 2024. [édition numérique]

 

 

 

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Il n’y a pas de mouche [41]

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La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici

ICITTE ET LÀ

pendant que je vous clame ça
quelque part une femme pousse
un cri
elle ouvre entier son corps pour laisser passer la vie

y’a une vache
une lionne
une pieuvre
une licorne
une papillonne
une opossum
une truie alimentaire
une otarie
une ours polaire
une rhinocéros
une chacale féroce
une lapine de laboratoire
une tortue
une araignée
une crabe
une méduse
une baleine une brebis
qui font de même aussi
mais sans la même espérance de vie

[…]

y’a des rires et des drames
des pires et des charmes

p. 36 et 39.

Il n’y a pas de mouche, mais il y avait tout un slameur.

Jean-Sébastien Larouche, Des longueurs dans le Styx, illustrations : Mivil Deschêne, Les Éditions de L’Écrou & Jean Sébastien Larouche, 2018, 76 p.

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Le temps qu’il fait dans «Les têtes réduites» de Jean-François Nadeau [115]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

J’étais parti de nuit. Sur la route qui va de Montréal à Montebello, le ciel montait devant moi. Le soleil dissipait peu à peu l’obscurité du petit matin. Le halo doré qui enveloppait progressivement la vallée conférait aux ombres que le jour chassait quelque chose de magique. Le ciel encore bleu-noir, telle une tache d’encre, s’agrandissait sous mes yeux. Il allait bientôt être très haut, lisse et bleu à l’infini.

J’allais dresser le palmarès des livres qui m’ont plu cette année quand j’ai lu « Les têtes réduites » de Nadeau. Il remporte la palme en ce qui concerne les essais.

Un ouvrage qui, à première vue, peut sembler hétéroclite. Il explore une fascinante mosaïque de figures et de thèmes : nos aïeux nationalistes,  Henri Bourassa, le duplessisme, les national-conservateurs d’aujourd’hui, les négationnistes de la grande noirceur, les chroniqueurs qui, selon Foglia, ont un cadavre dans la bouche, Denise Bombardier, la culture du pauvre, Anne Hébert admirant, depuis Paris, la langue de René Lecavalier, Maurice Richard, héros national, avec peu de mots, et sympathisant actif de Maurice Duplessis, Guy Lafleur agile sur ses patins, mais crispé dans ses publicités sur le dysfonctionnement érectile, le nécrocapitalisme, le repli identitaire, la langue et un paquet de choses qui étaient mieux avant.

Vous l’aurez compris, cette liste foisonne de nombreuses « têtes réduites » marquantes de notre valeureuse histoire, de notre patrimoine et de notre culture. Une société réduite. Un demi-pays.

Vous y croiserez aussi des figures progressistes :  Charb, l’anticléricaliste T.D. Bouchard du Clairon, les modernistes Arthur Buies et la bibliothécaire Eva Circé-Côté, Serge Bouchard, gourmand et généreux, Philippe Pleau, le transfuge, et j’en oublie.

Une vision sociocritique et historique, colorée et fouillée, sur le Québec d’hier et d’aujourd’hui. L’ouvrage s’inscrit plus dans la lignée d’un Bourdieu que d’un chroniqueur québécois du Figaro.

Je décerne un angelot à l’illustrateur de la page couverture de ce bouquin. Maurice Richard a été amputé de sa tête au profit de la tronche de la reine Victoria timbrée.

Il pourra le coller dans son cahier d’écolier.

anges

Jean-François Nadeau, les Têtes réduites. Essai sur la distinction sociale dans un demi-pays, Montréal, Lux éditeur, 2024. [édition numérique]

P.-S. Broutille. Une lettre manquante dans une épigraphe de la version numérique.

L’histoire est toujours ambiguë, chaque situation historique est mbivalente [sic], est complexe, n’est jamais simple, n’est jamais schématique. Pier Paolo Pasolini, La langue vulgaire.

La version papier est sans faute, selon une source sûre : l’auteur.

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Le don de mouches et d’autres bidules du même tonneau [40]

le don Kristina Gauthier-Landry

La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici

Quand les mots sortent de ma bouche comme des mouches, tu ne les chasses pas.

Ce récit poétique m’a été chaudement recommandé par mon bon ami JimG de St-Athanase. Alors que dans Lignée de Mireille Cliche, la mère s’adressait à sa fille, c’est ici la fille qui écrit à sa mère. Un récit de lignée inversé.

Le texte regorge de pépites littéraires, offrant des instants de grâce et de réflexion à chaque page. [Cette phrase a été écrite par l’IA. Elle regorge de poncifs et de clichés littéraires. Pas tout à fait au point le bidule de l’avenir, qui, bien sûr, frappe à nos portes.]

Un lecteur, trop sensible, du FLC (Le Front de libération des chaises) a été horrifié par ces chaises qui pendent du plafond :

Les chaises pendent du plafond, les lampes poussent du plancher et un chien sans queue boite sur le mur.

Un procédé littéraire assez rare dans un récit poétique. Un zeugme :

Tu ne dis rien lorsqu’en avril je décroche chaque glaçon qui pend le long du chemin entre la petite école et notre maison. C’est pour ajouter à ma collection de balles perdues, de temps morts et de clés qui n’ouvrent rien.

Une leçon de vie. Patience et longueur de temps :

L’avantage de vieillir, c’est qu’on voit moins la poussière.

Un conseil pour les futurs véritables écrivains :

Cette histoire vraie est librement inspirée de mon imagination.

L’autrice tend aussi l’oreille. À suivre, peut-être, bientôt, sur vos écrans, ici. C’est fait, le 4 janvier 2025, là.

À lire. Une de mes révélations littéraires de l’année 2024.

Merci JimG.

Para servir.

____

Kristina Gauthier-Landry, Le don, La Peuplade, 2024. [édition numérique]

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Lipossible, mouche et souche chez Jacques Roubaud [39]

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La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici

Lipossible : On ôte à un mot un type de lettres pour en former un autre. Oulipo.

2160. Contrainte des lipossibles :

– essaim des femmes sans famille
essai des fées sans failles
sombres métaux calmés des mouches
sobres, étaux calés des souches

Jacques Roubaud, Poétique : Remarques. Poésie, mémoire, nombre, temps, rythme, contrainte, forme, etc., Éditions du Seuil, 2016. [édition numérique]

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Les mouches dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo [38]

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La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici

Ma contribution pour célébrer la résurrection de la Cathédrale Notre-Dame de Paris et pour rendre hommage au travail d’un véritable écrivain : Victor Hugo.

Son roman, « Notre-Dame de Paris », mentionne 17 mouches et 4 moucherons, ce qui confirme une fois de plus la pertinence des observations de ce cher Augusto Monterroso, cité précédemment.

Je vous propose un extrait où une pauvre mouche connaît une fin tragique, éradiquée par une énorme araignée à la trompe hideuse et victime de la violence convulsive d’un archidiacre.

Dom Claude, abîmé en lui-même, ne l’écoutait plus. Charmolue, en suivant la direction de son regard, vit qu’il s’était fixé machinalement à la grande toile d’araignée qui tapissait la lucarne. En ce moment, une mouche étourdie qui cherchait le soleil de mars vint se jeter à travers ce filet et s’y englua. À l’ébranlement de sa toile, l’énorme araignée fit un mouvement brusque hors de sa cellule centrale, puis d’un bond elle se précipita sur la mouche, qu’elle plia en deux avec ses antennes de devant, tandis que sa trompe hideuse lui fouillait la tête. « Pauvre mouche ! » dit le procureur du roi en cour d’église, et il leva la main pour la sauver. L’archidiacre, comme réveillé en sursaut, lui retint le bras avec une violence convulsive.

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris. Libre de droit sur Ebooks libres et gratuits.

Pour les intéressé·e·s, une édition rare est aussi disponible chez Raptis rare books pour la modique somme de 48 000$.

Source de l’illustration : Marie Petitot,  Notre-Dame de Paris : le sauvetage en prose de Victor Hugo, Les plumes d’histoire, 27 avril 2019.

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Les Salons du livre de Montréal

Amusante coïncidence. En route, en métro, pour le Salon du livre de Montréal, je lisais Roman sans rien, d’Antoine Charbonneau-Demers. À l’arrêt, station Viau, je suis tombé sur ces mots :

Lol traversait le Salon du livre à la hâte, son exemplaire fripé et furieusement annoté d’Un week-end au manoir sous le bras. Il venait de s’assommer de vodka dans les toilettes, et tirait une traîne tourbillonnante de vapeurs d’alcool.

Lol aimait tout ce qui était artistique. Le mot «art» même le faisait vibrer. Chaque année, depuis qu’il était enfant, la frénésie du Salon du livre de Montréal s’emparait de lui. Les éclairages au néon, l’air sec, les files d’attente, les signets gratuits et les dédicaces le transportaient dans un délire presque hystérique. Les pauvres auteurs, seuls derrière leurs stands, bénissaient la compagnie de Lol.»

À mon arrivée au Salon du livre de Montréal, dans la vraie vie, j’ai été ennuyé par les éclairages au néon, alors je me suis rendu dare-dare au stand des Écrits des Forges rencontrer Mireille Cliche pour obtenir une dédicace de ses deux derniers recueils de poésie.  Je vous recommande fortement la lecture de ses œuvres complètes et de celles à venir.

Quant à Roman sans rien… Que dire?

Le hic avec ce roman c’est qu’il en raconte trop, alors que je m’attendais à rien.

Tous les goûts sont dans la nature.

Antoine Charbonneau-Demers fait partie des 5 finalistes du Grand Prix du livre de Montréal.

—–

J’ai consacré des billets à l’œuvre de Mireille Cliche. On les retrouvera ici, et là-bas

Antoine Charbonneau-Demers, Roman sans rien.

 

 

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Les mouches dans «La soupe aux choux» de René Fallet [37]

Page couverture du roman La soupe aux choux de René Fallet

La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici

René Fallet fait mouche avec la recette de soupe aux choux de le Glaude dans son roman La soupe aux choux. Un véritable écrivain.

Je vous la mets.

Citadins, n’hésitez pas d’ajouter une grosse gousse d’ail et du lardon dans votre soupette.

Bonne tambouille!

De tout temps, le Glaude avait vu sa grand-mère, sa mère, sa femme, préparer la soupe aux choux. Il en savait quasiment de naissance la recette, l’exécutait sans avoir même à y penser. Il lava le chou cabus, lui enleva ses côtes, lui coupa le cœur en quatre, fit blanchir le tout pendant cinq minutes, laps de temps qu’il mit à profit pour balayer sa maisonnée. Si la Denrée devait revenir, il convenait de le recevoir avec les honneurs dus à un pilote de soucoupe de son envergure et qu’il ne trouvât rien à redire, par exemple, à la propreté du carrelage. On avait beau n’être capable que de conduire une bicyclette, on n’en avait pas moins sa petite fierté.
D’un geste auguste, il expédia à la volée les balayures au-dehors. Les poules y dénichaient toujours quelques miettes. Il revint à son fricfiti, déposa le chou dans un faitout, y joignit quatre pommes de terre épluchées, un oignon, deux carottes, les couvrit largement d’eau bouillante. Il ajouta un peu de sel, une branche de thym, trois grains de poivre, et, parce que cela tuait le ver et qu’il n’y a pas plus dangereux que le ver sur la terre à part le coup de froid, une gousse d’ail. Ceux de la ville, qui sont tous bureaucrates et se parlent sous le nez, n’en auraient pas mis, d’ail. Mais ceux de la ville, à cause de tous leurs chichis, n’avaient pas de santé, tombaient comme des mouches dans leurs rues et leurs boulevards. Le Glaude préférait sentir l’ail que d’empester le cholestérol, l’artériosclérose et autres maladies perfides qui courent les métros et les autobus.
Il couvrit le faitout d’un couvercle, l’abandonna sur sa fidèle cuisinière de fonte noire. Après trois quarts d’heure de cuisson à feu moyen, il retirerait sa soupe, non sans l’avoir goûtée. Il ne s’occuperait des lardons qu’au dernier moment, lorsque la Denrée serait là, assis sur cette chaise. p. 125-126

À des fins purement lexicostatistiques, veuille noter que l’on retrouve 12 occurrences du mot mouche dans ce roman. De la grande classe.

Un roman truculent. On ne pouvait pas en dire autant de son adaptation cinématographique, avec Louis de Funès.

René Fallet, La soupe aux choux, Folio, Denoël, 1980, 281 p.

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Portrait-robot du conservateur

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J’aurais dû lire Les ingénieurs du chaos avant les dernières élections américaines. J’aurais été moins surpris par la victoire de Donald Trump.

La stratégie des Républicains en 2024 a été peu ou prou la même que lors des élections de 2016 :

Aujourd’hui, les princes du mouvement populiste mondial appliquent tous le même principe. Chaque jour porte son coup d’éclat : les tweets choc de Trump, les mises en scène théâtrales de Nigel Farage, les posts Facebook de Matteo Salvini ; on a à peine le temps de commenter un événement qu’il est déjà éclipsé par un autre. Au sein de ce processus, la cohérence et la véridicité comptent bien moins que l’ampleur de la résonance, qui couvre le spectre entier des opinions – partant de celles qui se revendiquaient il y a peu de la gauche radicale à celles qui appartiennent à l’extrême droite. Sans aucune intention de les modérer, ni de les synthétiser, mais au contraire en les radicalisant pour ensuite les additionner, selon la logique du statisticien qui, pour trouver la température moyenne optimale, glisse la tête dans le four et les pieds dans le congélateur.

Da Empoli prodiguait pourtant de bons conseils aux démocrates dans la conclusion de son essai en citant John Maynard Keynes :

Presque toute la sagesse de nos hommes d’État a été fondée sur des présupposés qui étaient vrais à une époque, ou en partie vrais, et qui le sont chaque jour un peu moins. Nous devons inventer une nouvelle sagesse pour une nouvelle époque. Et en même temps, si nous voulons reconstruire quelque chose de bien, nous allons devoir apparaître hérétiques, inopportuns, dangereux et désobéissants aux yeux de tous ceux qui nous ont précédés.

Les Républicains l’ont compris.

***

Cette lecture m’aura permis de dresser un portrait-robot du conservateur :

Le conservateur est contre les programmes d’inclusion, de diversité et d’équité. Pour des raisons d’équité.

Il était contre les mesures « totalitaires » de confinement lors de l’épidémie de la COVID.

Le conservateur est souverainiste-populiste.

Il craint l’immigration, toujours massive. Par voie de conséquence, l’immigrant est éligible à l’expulsion, qu’il le veuille ou non.

Le conservateur aime les frontières et les murs.

Il est épouvanté par le Grand Remplacement.

Le conservateur n’aime pas les propos et les actions des « néo-féministes ». Par souci d’équité.

Il n’a que mépris pour la théorie des genres. Il ne la sent pas. Elle ne serait pas naturelle.

Le conservateur est écolo-sceptique.

Il fustige les universitaires et les médias traditionnels. Ils les associent à l’idéologie délétère « woke ».

Le conservateur estime que l’élite et la gauche – toujours caviar et autoritaire – sont déconnectées du bon peuple et du bon sens.

Il pense que nous sommes gouvernés par des juges. [Ce n’est pas tout à fait faux aux États-Unis.]

Le conservateur croit que les médias traditionnels sont à la solde des démocrates et des progressistes.

Il juge que les propos vulgaires des politiciens ne sont que d’innocentes blagues de vestiaire qu’il ne faut pas prendre au sérieux. [Alpha?].

Le conservateur défend la « liberté d’expression ».

Il croit toutefois que la vérité n’est pas toujours bonne à dire. Elle n’est pas très attractive. Les vraies faussetés le sont.

Le conservateur croit que c’était mieux avant. Une exception : la magie de la résonance des clics générés par les ingénieurs du chaos.

C’est tout un personnage.

Toute ressemblance avec des chroniqueurs ou des chroniqueuses québécoises existantes ou ayant existées serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence .

[Le conservateur considère que l’écriture inclusive est une aberration mentale]

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Giuliano da Empoli, Les ingénieurs du chaos, Lattès, 2019. [édition numérique à couverture souple]

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